Aujourd’hui, la mythique Ruta 40 nous a offert un petit bond dans le passé. Mythique, car cette route traverse l’Argentine du nord au sud, de la frontière bolivienne à l’extrémité de la Patagonie, en longeant les Andes. Elle grimpe, descend, passe du chemin de gravier étroit à la voie rapide, traverse des rivières, longe les paysages de montagne, de pampa, de vignes… elle change de visage au fur et à mesure que l’Argentine défile sur ses 5 300 km. Elle fait rêver, et il y a de quoi : du peu que nous en avons vu lors de notre voyage au sud de la Province de Mendoza, la 40 est magnifique… elle collectionne les images d’Epinal !

Elle est étonnante, aussi. Car le temps de deux jours à Bardas Blancas, elle pris des airs du siècle dernier.
Cela commence par notre trajet de Malargüe jusqu’au hameau de Bardas Blancas : 65 km dans la précordillère à bord d’un pick-up des années 60 dont je m’étonne qu’il roule si bien, gravissant lentement mais sûrement la parfois tortueuse et haut perchée route 40. En Argentine les voitures sont coûteuses, du coup il est très courant de voir des véhicules anciens circuler, mais celle-ci me surprend vraiment. Son propriétaire Rafael est garagiste et je suppose que cette Jeep est sa meilleure publicité !
Notre arrivée à Bardas Blancas, ensuite : un tout petit hameau dont certaines maisons sont de construction assez traditionnelle, où les chevaux et les poules sont plus nombreux que les passants et où nous accueillent des œufs de dinosaures fossilisés !
Pas de signal de téléphone portable et une seule chaîne de radio qui tous les jours diffuse des comunicados par lesquels les locaux communiquent : “Son oncle informe Gonzalo González, résident à Bardas Blancas, qu’il voyagera dans la zone ce mardi et passera le saluer”… Benjamin et moi sentons bien que nous sommes dans un endroit à part !

Il y a peu de trafic ici, car la 40 n’est pas asphaltée et une option plus confortable passe par le milieu du pays, du coup nous ne trouvons personne pour nous emmener jusqu’à la prochaine ville 145 km plus au sud. En fin d’après-midi, nous voyons à nouveau Rafael au volant de sa Jeep et il nous invite à passer la soirée et la nuit non loin du village, où il possède une maison et un beau terrain qu’il compte transformer en camping, juste au bord de la route 40. En effet, quelques mètres avant l’entrée de Bardas Blancas, il y a une bifurcation vers une frontière avec le Chili, c’est le Paso Pehuenche. Il n’est pas très emprunté mais cela va changer car les deux pays sont en train de l’aménager dans le cadre de leur grand projet de route joignant l’Atlantique au Pacifique. Alors la 40 aussi profite du projet et se développe dans cette zone, on l’asphalte, l’élargit… les touristes suivront et Rafael le sait. Il nous parle de ses projets, autour d’une bière de la région – nommée Los Andes – et d’un incontournable asado, tandis que la nuit arrive et avec elle une myriade de constellations que je ne connais pas. Mon regard s’y perd, il y a tant d’étoiles dans ce ciel encore pur !
Je me prends à imaginer à quoi ressemblera ce même morceau d’Argentine dans 5 ans… Cette petite bulle, ce petit détour dans un monde moins technologique, moins bétonné, plus vert et plus étoilé que la Ruta 40 vient de nous offrir ne sera plus tout à fait la même, je suppose. Cela me rend triste d’y penser, mais les grandes routes rapportent plus que les étoiles ou les chevaux en liberté, en général.

Le lendemain, après plusieurs heures de stop sur une route presque déserte, nous déciderons de passer par le Chili dont la seule grande route allant du nord au sud est nettement plus fréquentée, et de repasser en Argentine plus bas. Nous découvrirons une magnifique vallée, vouée à l’inondation partielle une fois la construction d’un barrage hydroélectrique achevée, qui mène au Paso Pehuenche, et passerons une journée entre deux douanes, en quête d’une voiture prête à nous emmener.
Même si faire de l’auto-stop là-bas est frustrant et difficile, je suis heureuse que Benjamin et moi y soyons allés : cela fait partie de ces instants où l’on voyage sans faire un pas de plus, rien qu’en découvrant ce (et ceux) qui nous entourent.
Tags: Voyage : Chili et Argentine Voyage en stop























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